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Dr. Christian Marinetti Chirurgie plastique et médecine esthétique à Marseille

Qu'est-ce que le LAGC-AIM?

dont vous avez déjà entendu parler ou dont vous allez entendre beaucoup parler dans les médias. (Lymphome Anaplasique à Grandes Cellules lié aux Implants Mammaires)

 

C’est une nouvelle pathologie, maligne, certes très rare, connue seulement depuis quelques années et manifestement due aux implants mammaires.

Je suis bien informé sur cette pathologie, car depuis 2015 j’ai participé en tant qu’Expert aux différents comités scientifiques organisés par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé (ANSM), dépendant du Ministère de la Santé, et je viens à la demande de l’ANSM d’être le Président du dernier Comité Scientifique sur le sujet.

Heureusement, cette pathologie est très peu fréquente (50 cas en France à ce jour sur environ 400 000 femmes porteuses d’implants mammaires ; 600 cas mondiaux environ en début d’année sur 30 à 40 millions de femmes implantées).

Il s’agit d’une mutation maligne des lymphocytes (cellules du corps humain destinées à la lutte contre les agressions de tout ordre, notamment microbiennes et virales) au contact du corps étranger qu’est l’implant. Cette pathologie a déjà été décrite au contact d’autres types d’implants (prothèse aortique, valves cardiaques, ou encore plaque métallique d’ostéosynthèse de jambe…). Leur délais d’apparition est d’environ en moyenne de dix ans après l’implantation.

Il existe deux formes clinique :
- la plus fréquente se manifeste comme un épanchement récidivant autour de la prothèse mammaire ( séroma) et a le plus souvent été guérie par l’ablation de l’implant et de la capsule conjonctive qui l’entoure( capsulectomie totale) ;
- plus rare et plus agressive est la forme qui se révèle par une masse développée au contact de l’implant. Des douleurs sont également observées.

L’enquête sur le type de prothèse mammaire en cause est difficile du fait qu’une même femme porte au cours de sa vie plusieurs types d’implants différents, que leur nature et leur type ne sont pas toujours renseignés, que certains implants ont des parts de marché plus importante que d’autres et peuvent de ce fait être sur représentés.
Cependant, on peut affirmer aujourd’hui à partir du rapprochement des études internationales sur le sujet que ce sont les implants dont la paroi est fortement texturée qui sont responsables de la majorité des LAGC-AIM.
Chez des patientes ayant reçu un seul type d’implant on ne retrouve pratiquement pas cette pathologie avec des implants lisses et très peu fréquemment avec des implants présentant une texture douce, dite micro texture. La qualité du produit de remplissage de l’implant, sérum physiologique ou gel de silicone ne semble pas jouer de rôle.

La macro texture en cause est obtenue en projetant des cristaux de sel sur une membrane en silicone en cours de séchage , ou en recouvrant celle-ci avec de la mousse en polyurethane.
Les micro textures, plus douces, sont obtenues par l’utilisation de moules.
L’irritation mécanique directe semble être en cause dans la mutation lymphocytaire, mais la découverte de bactéries particulières dans certains LAGC –AIM permet d’évoquer aussi le rôle possible d’une infection peut-être favorisée par les anfractuosités de la macro texture.

Pourquoi la plus part des implants mammaires utilisés ont-ils une paroi non pas lisse, mais texturée, c’est-à-dire présentant des élevures et des creux qui augmentent la surface en contact avec les tissus environnant ?
C’est pour diminuer le risque de capsulite rétractile, c’est-à-dire de rétraction des tissus conjonctifs qui l’entourent, mais aussi pour immobiliser la prothèse mammaire qui peut véritablement s’accrocher avec de fortes textures dites à « effet velcro », ce qui peut être nécessaire en chirurgie réparatrice pour reconstruire le sein , mais inutile pour l’augmentation mammaire à visée esthétique pure.
En effet, en chirurgie plastique, la loge, c’est-à-dire l’espace que l’on va créer entre les tissus pour y placer l’implant peut et doit être faite aux dimensions exactes de l’implant et celui-ci ne pourra pas en principe se déplacer. Il en va autrement dans la reconstruction du sein après cancer où l’on doit utiliser des lambeaux de peau et de muscle venant de régions voisines ( abdomen, dos) pour re créer une couverture mammaire et où l’implant , destiné lui à recréer du volume, peut se déplacer car l’espace situé sous ces lambeaux est en général très vaste.

Le comité Scientifique Spécial de Février 2018 sur le LAGC-AIM a décidé «  de la nécessité de développer des indications de pose des implants lisses et texturés en fonction des indications et de l’état clinique des patientes »

En tant que Président de ce Comité J’ai personnellement conseillé l’attitude suivante, que j’ai adoptée depuis un an dans ma pratique :
En chirurgie plastique, ne plus utiliser ces implants dits macro texturés mais seulement des implants micro texturés qui semblent très peu représentés dans les cas de LAGC-AIM, et cela pour trois raisons :

1 Ces implants macro texturés de par leur surface rugueuse créent un effet « râpe à fromage » et sont responsables d’inflammation avec gonflement du sein (séroma) notamment lors de la pratique d’activités sportives mobilisant fortement la poitrine ( footing, musculation pectorale…). Il s’agit là d’un premier stade d’inflammation.

2 Le risque de LAGC-AIM avec ces implants macro texturés est maintenant connu et bien qu’il soit très faible on doit en tenir compte

3 Les micro textures, bien moins agressives, suffisent à éviter le retournement des implants, qu’ils soient ronds ou de forme anatomique. Sur près de 5000 implantations sur plus de 30 années d’expérience je n’ai rencontré personnellement sur les patientes que j’ai opérées que 5 retournements, 2 sur des implants anatomiques et 3 sur des implants ronds, tous sur un axe vertical, la face profonde de l’implant devenant superficielle avec perception en surface du rebord postérieur de la prothèse. Je n’ai jamais observé de retournement en esthétique d’un implant anatomique du haut vers le bas, car tout le poids de l’implant se situe à son pôle inférieur et que la loge, c’est-à-dire l’espace qui lui est dévolu est adapté à ses dimensions. Par contre l’utilisation en esthétique d’implants micro texturés me paraît nécessaire, versus implants lisses pour limiter le risque de capsulite rétractile (coques)

En matière de chirurgie réparatrice après cancer, les implants macro texturés à revêtement silicone ou polyuréthane ne doivent être utilisés que s’ils paraissent indispensables pour éviter un déplacement de l’implant sans cela inévitable, dans un espace trop vaste difficilement cloisonnable. La règle, comme dans toute thérapeutique étant d’apprécier la balance bénéfice/ risque ; Il ne serait pas en effet raisonnable d’exposer la patiente à de multiples re intervention pour déplacements successifs de l’implant alors que le risque de LAGC-AIM est somme toute assez faible. Le chirurgien en matière de chirurgie réparatrice doit donc dans la situation présente rester libre de sa décision dans l’intérêt de son patient.

Des études complémentaires sont en cours pour apprécier et comprendre au mieux le mécanisme de cette nouvelle pathologie.



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